Rigas / Hellas
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Jean-Yves Guiomar et Marie-Thérèse Lorain, «La carte de Grèce de Rigas et le nom de la Grèce*», in Annales historiques de la Révolution française, Numéro 319, [En ligne], mis en ligne le : 11 mai 2006. URL : http://ahrf.revues.org/document106.html. Consulté le 15 mars 2007.

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Catre Image2

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Phanariotes

Le plan de Constantinople (première feuille, sortie à Vienne en août 1796), la Thessalie et les Principautés danubiennes, surtout la Valachie autour de Bucarest, sont les points forts de la carte, liés à sa propre vie. Deux de ces espaces, Constantinople et la Valachie, sont excentrés par rapport à la Grèce proprement dite, celle de l’Antiquité, qui par les noms figurant sur la carte est son thème central.

Cette importance donnée à des espaces périphériques correspond à l’idéologie des Phanariotes. Ils vivent au Phanar, quartier grec d’Istanbul, occupent le poste de grand drogman (interprète) de la Porte dès la fin du xviie siècle, jouant ainsi un rôle clef dans la politique extérieure de l’Empire ottoman, sont fortement liés au patriarcat qui règne sur l’orthodoxie dans l’Empire, et à partir du début xviiie sont hospodars (gouverneurs) des Principautés danubiennes – Valachie et Moldavie. Jusqu’aux années 1810, douze familles se partagent l’hospodariat, dont neuf grecques, deux roumaines et une albanaise. Ces princes phanariotes sont liés à la Russie et mènent un double jeu, servant les projets grecs des tsars, surtout CatherineII (ses petits-fils sont prénommés Alexandre et Constantin) dans les années 1770-1790. La Russie caresse alors l’idée d’un empire grec orthodoxe prenant la suite des Ottomans. C’est le cadre de la formidable extension donnée par Rigas à l’espace hellénique sur lequel il envisage d’établir un État. Cet État déborde même l’aire des Phanariotes, puisqu’il comprend la Bosnie, la Serbie et l’Albanie.


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Chartis tis ellados

Chartis tis ellados

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Hellenisme de Rigas

Revenons à Rigas, dont nous savons que, par son projet de constitution, il envisageait la création d’un État non ethnique, associant dans une république une et indivisible tous les citoyens vivant sur son territoire, Grecs, Serbes, Roumains, Bulgares, etc., avec certes une prime aux Grecs, à leur conscience d’être le peuple le plus civilisé – le seul, en fait – et le plus glorieux de cet espace, et surtout à la langue grecque [qui joue un rôle central dans la notion d’hellénisme50], mais sans que cette république unitaire soit de nature ethnique. Pourtant l’hellénisme de Rigas, comme le montre sa carte, est finalement, autant que politique, historique, culturel et linguistique.

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Paparrigopoulos

« Dans sa principale signification, helléniser voulait dire : transmettre la langue grecque à des peuples étrangers et leur imprimer par le moyen de la langue le caractère national des Hellènes. L’hellénisme était le résultat de cette action47 ». Et : « En 1790, trois représentants de la nation demandèrent à l’impératrice Catherine de donner pour empereur aux Hellènes son petit-fils Constantin ; ils ne parlèrent plus à titre de Romains48 ni même simplement de chrétiens ; ils se présentèrent comme des Hellènes, descendants des Athéniens et des Spartiates. »49

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Hellas

C’est ici que le nom d’Ellas ou Hellas et ses dérivés jouent leur rôle clef. Perdu depuis Byzance, Ellas revient au premier plan dans la seconde moitié du xviiie siècle, et s’imposera comme le nom officiel de la Grèce à l’heure de l’État national. Le dictionnaire de La Martinière signale quatre acceptions pour Ella: une ville de Thessalie, une région de Thessalie, la Grèce propre, puis la Grèce propre avec ses extensions en Macédoine et en Épire. Rigas n’en retient que deux : la plus restreinte, puisqu’il mentionne non loin de Velestino la localité appelée Hellas, et la plus vaste, puisque c’est le nom qu’il donne à sa carte. Ce faisant, il lègue à la Grèce de 1830 une image de son espace national virtuel, virtualité impliquée par le fait que, situation exceptionnelle en Europe, la Grèce est davantage faite de terres irrédentes que du territoire concédé par les puissances. Signifier que ces terres irr��dentes sont bel et bien helléniques, c’est la fonction de ce recours massif au passé, ou plus exactement aux origines.

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